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03juin
2014
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Zelda au pays du Shinto

Zelda, a Link between Worlds est un jeu développé par Nintendo et disponible sur la 3DS.

Dans A Link between Worlds, le royaume de Hyrule et sa princesse Zelda sont  à nouveau menacés.

Le héros (donc le joueur) doit délivrer les 7 sages qui sont emprisonnés dans des tableaux et empêcher le vol du Triforce, qui symbolise les valeurs de Hyrule (Sagesse, Courage, Pouvoir).

 

Les 7 Sages. Emprisonnés dans une version en 2 dimensions (dans un tableau), Link devra les libérer pour sauver Hyrule.

Les 7 Sages. Emprisonnés dans une version en 2 dimensions (dans un tableau), Link devra les libérer pour sauver Hyrule. (Image RR, source : zeldadungeon.net)

Ce jeu, comme les précédents Zelda, est influencé par l'univers et les valeurs du Shinto et ceux de la littérature médiévale .

Mais il est aussi exceptionnellement moderne : il s'amuse avec le modèle du free-to-play, il repense le rythme des Zelda.

Le Shinto

La nature dans Zelda et Mario est magique. Cette magie ressemble à celle des films de Miyazaki. Dans les deux cas, elle s'inspire du Shinto.

Le Mont Fuji est un Shintai (il représente physiquement un kami). Ici une des célèbres vues du Mont peinte par Hokusai. (Image RR).

Le Mont Fuji est un Shintai (il représente physiquement un kami). Ici une des célèbres vues du Mont peinte par Hokusai. (Image RR).

Le Shinto (ou shintoïsme) est une manière de penser le monde propre aux japonais. Le Shinto n'est pas à proprement parler une religion car il ne relie pas le monde terrestre à un monde céleste.

Le Shinto comporte un ensemble de rituels qui lient les hommes aux kamis. Les kamis sont des ‘esprits' de personnes trépassées, de la Nature, ses forces créatrices ou destructrices. Les animaux, une montagne peuvent être des shintai c’est un dire une représentation physique d’un kami.

Les mythes du Shinto expliquent le monde et en particulier la naissance du Japon (sa  cosmogonie) et légitime la dynastie de l’Empereur, descendant de la déesse du soleil Amaterasu. D’où le soleil sur le drapeau japonais.

Le shintoïsme, enfin, transmet des valeurs.

Cet ensemble unifié de mythes, rituels, valeurs ont permis au Japon de se différencier de son voisin la Chine.

Les kamis et leurs relations avec les humains est un thème récurrent des films de Hayao Miyazaki (ici Princesse Mononoké).

Les kamis et leurs relations avec les humains est un thème récurrent des films de Hayao Miyazaki (ici Princesse Mononoké).

Les symboles shinto sont très présents dans Zelda, et de nombreux articles sur internet les ont dénombrés, à commencer par le Triforce, les trois triangles qui symbolisent le courage, la force et le pouvoir dans Zelda. Le Triforce est le garant de la stabilité du royaume d’Hyrule. 

Nous avons déjà vu que le héros de Zelda, que joue le joueur, s'appelle Link (le lien) car il est le lien entre le jeu et le joueur. Mais c'est aussi un shintoïste, qui répare les schismes entre les dimensions, apaise ou vainc les kamis. 

O-Kami : un autre jeu japonais, fait clairement reference au Shinto dans son titre (Kami).

O-Kami : un autre jeu japonais, s’inspire du shintoïsme.

 Les romans médiévaux

Nintendo connait ses  classiques lorsqu’il s’agit de raconter une histoire. La structure de Zelda reprend des éléments bien identifiés par Joseph Campbell dans Le héros au mille visages. Mais surtout, le Link de Zelda est un simple jeune homme qui devient un héros chevaleresque qui doit rétablir un équilibire perdu en retrouvant un artefact, un peu dans la tradition de Perceval.

Le rôle d'un chevalier dans la littérature médiévale est assez simple : bâtir une continuité territoriale autour du roi. Ce qui etait aussi un enjeu politique reel. Moultes terres sont enchantées, estranges (étranges et étrangères), gastes (stériles) et notre pauvre chevalier doit passer plusieurs épreuves afin de les nettoyer et les ramener sous l'influence du roi. Dans la littérature française, cela correspondait à une véritable volonté de bâtir un royaume, en sécurisant les routes et en ramenant les seigneurs dissidents sous la férule du roi.

Dans A link between worlds, comme son titre l’indique Link est ce lien, ce héros qui bâtit une continuité territoriale entre le royaume de Hyrule et le monde parallèle de Lorule (une version négative de Hyrule).

Des valeurs anciennes pour un jeu innovant

Nintendo veut nous montrer avec ce jeu à quel point ses équipes maitrisent le jeu vidéo et sont capables de réinventer Zelda. Ce Zelda est un chef-d’oeuvre car ses symboles, son histoire et son gameplay sont intimement liés. Le Triforce représente le pouvoir, le courage, la sagesse : qualités qui sont aussi demandées au joueur. Le courage d’affronter un boss, la sagesse/ l’astuce qui permet de résoudre des puzzles, le pouvoir/ la force que lui donne le jeu pour interagir avec ses personnages, ses objets, sa topographie.

Le mode « peinture » est une innovation qui permet de se transformer en peinture pour pouvoir circuler sur les murs. C’est aussi le seul moyen de passer de Hyrule à Lorule, à travers les failles générées après que les 7 sages ont été transformés en tableau. Ce qui est une prison pour les 7 Sages est un pouvoir pour Link, qui doit lier les mondes, les dimensions, réparer les failles. C’est aussi un héros, qui revivifie une histoire ancienne, peinte sur les murs du château de Hyrule. 

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Avec ce Zelda, on sort du rythme donjons/explorations/ mini quêtes. Les boucles de jeu font place à une sensation de flux : on se sent libre, les donjons sont plus courts, plus intégrés au monde et on peut décider de les terminer en plusieurs fois.

Enfin, Zelda semble s’amuser avec le modèle free-to-play : on peut louer des objets au lieu de les acheter. Ces objets deviennent donc des consommables puisqu’on peut les utiliser et les perdre si on fait game over (si on perd toute sa vie et doit recommencer).

Zelda : une histoire qui se répète dans le temps

Les zeldas racontent toujours  la même histoire, celle du héros qui doit sauver le monde. Dans l’univers de Zelda, cette histoire se répète. A link between worlds se passe bien longtemps après A Link to the Past (sorti en 1991) mais conserve le souvenir de ce qui s’est passé dans A Link to the Past. Ce temps cyclique est celui du mythe, qui recrée régulièrement le monde (on appelle cette création ‘cosmogonie’). On espère qu’il y aura encore de nombreux cycles Zelda car ces jeux sont extraordinaires.

Carte de Hyrule

Carte de Hyrule

Carte de Lorule

Carte de Lorule

Carte dans le jeu "A link to the past".

Carte dans le jeu « A link to the past ». (Source : videogameblogger, images RR).

 

 

 

 

 

 

 

 

Au-delà de la diégèse (c’est-à-dire de l’histoire et de l’univers) du jeu, on peut se demander si ce Zelda ne parle du Japon actuel, traumatisé par Fukushima (les tremblements de terre sont aussi dus aux Kamis), en quête de ses valeurs, avec un premier ministre shintoïste qui s’appuie sur des valeurs nationalistes dans le but de redonner du courage, du pouvoir et de la sagesse au Japon, quitte à aller visiter des endroits aussi controversés que le temple de Yasukuni. Le Japon n’a jamais demandé pardon à la Chine pour les crimes de guerre commis pendant son occupation de la Chine, en particulier à Nankin. Les restes des criminels sont mêlés à ceux des soldats ordinaires dans le temple de Yasukumi. Visiter ce temple est un des rituels Shinto. On en reparle avec notre article à paraitre sur la sémiologie qui nous permettra de revenir sur des images du jeu vidéo qui suscitent des controverses, dont une avec le soleil japonais…

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